Le « S&OP »  – Sales & Operations Plan : de la planification stratĂ©gique Ă la planification opĂ©rationnelleÂ
- La planification stratĂ©gique :Â
Comme toujours, tout part de l’objectif stratĂ©gique : oĂą l’entreprise veut-elle aller, autrement dit quel positionnement, quels couplages MarchĂ©-Produit choisit-t-elle pour remplir ses objectifs de marchĂ© et de profitabilitĂ© ?Â
- quelle dĂ©finition du produit,Â
- quel dĂ©lai de livraison,Â
- quel prix ?Â
Sans rĂ©ponse Ă cette question stratĂ©gique, nul système industriel ne saura ĂŞtre organisĂ© de façon optimale. C’est le prĂ©requis : la bonne performance industrielle commence par un Ă©noncĂ© clair de la « mission ».  Avant de concentrer beaucoup de talents et d’Ă©nergie sur l’amĂ©lioration du savoir-faire, il faut prendre le soin d’Ă©tablir un consensus sur une ligne stratĂ©gique claire : le savoir quoi faire. Â
Sur cette base, le concept industriel devra ĂŞtre arrĂŞtĂ© : c’est la façon dont les moyens financiers, techniques et humains de l’entreprise seront articulĂ©s pour rĂ©pondre Ă l’objectif stratĂ©gique, c’est-Ă -dire pour gĂ©nĂ©rer les flux du produit ainsi dĂ©fini dans les quantitĂ©s prĂ©vues au plan des ventes.Â
Dès lors, la mise en place d’un Process S&OP – Sales & Operations Plan, en français PIC Plan Industriel et Commercial – sera l’alpha et l’omĂ©ga de la performance industrielle. Toute mĂ©thode d’amĂ©lioration de performance, telle Lean, 6Sigma, ContrĂ´le de gestion ou autres empowerments, lui sera subordonnĂ©e.Â
Traduisant le concept industriel, le plan s’assure de l’adĂ©quation de la charge Ă la capacitĂ© en quantifiant et chiffrant les ventes prĂ©visionnelles Ă partir de macro-donnĂ©es (planification dite « grosses mailles » : macro-gammes, analyse sur postes goulets,…).Â
Il aide Ă se concentrer sur les facteurs critiques, identifier les risques et permet de cerner l’impact des scĂ©narii de demande sur le business et apprĂ©hender les options possibles d’allocation des ressources.Â
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- La planification opĂ©rationnelle :Â
Le Process S&OP concilie en permanence demande et offre en partant de donnĂ©es synchronisĂ©es :Â
- RafraĂ®chi pas-Ă -pas en fonction de la demande rĂ©elle, il rythme la vie du système industriel. Les directions fonctionnelles (ou leurs reprĂ©sentants aptes Ă dĂ©cider), rĂ©unies sous l’arbitrage de la direction, prennent conjointement les dĂ©cisions opĂ©ratives qui s’imposent en termes d’ajustement du potentiel financier, humain, industriel. Les fonctions Production, Commerciale, Financière et Achats corrigent ainsi, autant qu’il est nĂ©cessaire, l’emploi des moyens pour rĂ©aliser la stratĂ©gie. Doit y ĂŞtre associĂ© le BE quand le dĂ©veloppement de variantes du produit intervient sur le chemin critique.Â
- Il assure la visibilitĂ© requise pour mettre chaque responsable en position de donner le meilleur de soi, cultiver la performance et ĂŞtre partie prenante du rĂ©sultat.Â
Au-delà du plan tactique, le Process fera apparaître la nécessité de décisions structurelles pour répondre, le cas échéant, à de nouvelles orientations stratégiques : nouveaux produits, nouveaux marchés, nouveaux financements… Son horizon sera fixé en conséquence, annuel ou pluriannuel.
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L’exemple d’un constructeur de machinesÂ
Il s’agit ici d’un constructeur de presses Ă injecter le plastique employant 330 personnes en France et Ă l’étranger, qui rĂ©alise un CA de 50 M€ en livrant 300 machines par an en multicanal.Â
Sur ce marchĂ© dont la technologie est mature, la compĂ©tition est technologiquement nivelĂ©e par le haut. Le dĂ©lai de livraison devient discriminant dans la dĂ©cision d’achat car un « dĂ©lai marché » s’est instauré : c’est le dĂ©lai maximum que le client est prĂŞt Ă accepter.Â
Priorisant avant toute autre considĂ©ration le respect de ce dĂ©lai, le constructeur recherche dans l’organisation des flux physiques et financiers l’optimisation du coĂ»t unitaire et du BFR : Â
- L’optimisation des flux financiers rĂ©sultera essentiellement du lancement des fabrications Ă la commande associĂ© Ă l’approvisionnement en prĂ©visionnel des seuls composants ou matières Ă dĂ©lai incompatible avec le dĂ©lai marchĂ©Â
- L’analyse du dĂ©roulement des flux physiques (temps d’approvisionnement, de prĂ©paration, de fabrication, de montage, d’assemblage, d’essai et validation, lotissement Ă©conomique, ressources critiques, etc…) permettra de maĂ®triser l’ordonnancement en retenant les meilleures options en termes d’efficacitĂ©, rĂ©duction des alĂ©as et minimisation des encours : organisation par atelier ou Ă®lots, flux tirĂ©s, lissage d’activitĂ©s, horizons glissants par pas, horizons gelĂ©s, flexibilisation de la capacitĂ© par modulation du temps de travail, intĂ©rim ou sous-traitance, etc….Â
Nous nous limiterons Ă l’examen des produits phare reprĂ©sentant 80 % du CA. Les machines concernĂ©es forment une gamme Ă©tagĂ©e sur quatre puissances de fermeture dĂ©clinĂ©es avec variantes et options pour offrir une rĂ©ponse dĂ©diĂ©e Ă chaque demande de client. Par sa conception produit, le BE a contribuĂ© Ă une bonne maĂ®trise du configurateur. Toutes machines confondues sont aptes Ă s’inscrire efficacement dans le mĂŞme système industriel : occupation des surfaces, flux, opĂ©rations de transformation, d’assemblage, de montage et tests, etc…Â
Pour sa gamme phare, le dĂ©lai marchĂ© est de deux mois. Nul concurrent ne se risque plus Ă proposer un dĂ©lai plus court, qui obligerait Ă produire sur stock. Certains s’y sont essayĂ©s, mais le « time to cash » dĂ©favorable et une offre de produit trop standard a invariablement conduit au dĂ©pĂ´t de bilan.Â
Le dĂ©lai d’approvisionnement des bruts de fonderie est plus long que le dĂ©lai marchĂ©. Tous les autres approvisionnements peuvent ĂŞtre dĂ©clenchĂ©s Ă rĂ©ception de la commande-client. Les bruts sont approvisionnĂ©s dans le cadre d’un contrat-cadre avec les fournisseurs sur la base des prĂ©visions de vente fixĂ©es au budget annuel. Ce contrat laisse la latitude de faire varier les quantitĂ©s appelĂ©es dans certaines limites sous un prĂ©avis.Â
Les opĂ©rations d’approvisionnement et fabrication (usinage et montage des composants en sous-ensembles, assemblage et test des machines) sont exĂ©cutĂ©s dans le cadre prĂ©cis du S&OP :Â
- Un service spĂ©cialisĂ© ICP (Interface Commercial-Production) a Ă©tĂ© créé avec la fonction majeure de veiller Ă la bonne instruction des offres commerciales et prĂ©parer la rĂ©union mensuelle du S&OP par l’examen de la charge et du potentiel. Le calcul des besoins est effectuĂ© hebdomadairement. L’ajustement des engagements pour l’achat des bruts intervient trimestriellement avec un prĂ©avis d’un trimestre.Â
- Le stade-clĂ© du processus qui gouverne le système est l’atelier Assemblage/Essais. Il Ă©met les kanbans pilotant l’atelier Usinage. L’atelier Automatisme travaille en synchrone relativement au cycle d’assemblage. Certains fournisseurs stratĂ©giques sont associĂ©s en juste-Ă -temps par un système de kanban. Le système est stabilisĂ© sur des horizons dĂ©finis pour assurer une fiabilitĂ© des dĂ©lais, un fonctionnement sans improvisation et la maĂ®trise de l’engagement des moyens humains (minimisation des coĂ»ts de rĂ©gulation).Â
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En rĂ©sultante :Â
Une bonne connaissance du marchĂ©, la stratĂ©gie retenue, l’efficacitĂ© du concept industriel et son process S&OP confèrent au constructeur un leadership en France.Â
Il figure en outre en excellente position dans le benchmark effectué pour les cinq sociétés sœurs et néanmoins concurrentes que réunit son groupe sur plusieurs continents (chacune jusqu’à dix fois plus importante en taille).
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Atouts et limites.
- L’efficacitĂ© intrinsèque : Â
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La simple mise en place d’une planification dans une entreprise, Ă fortiori d’un Process S&OP bien conduit, produit de façon quasiment mĂ©canique une amĂ©lioration de la tenue du dĂ©lai, des gains de productivitĂ© et une maĂ®trise des stocks et encours : - Le management devient lisible avec son effet positif sur la motivation des Ă©quipes. Au-delĂ , la « pression d’enjeu » qui naĂ®t lorsque l’entreprise subit une forte charge se traduit par une productivitĂ© encore accrue.Â
- Les optimisations locales incontrĂ´lĂ©es, qui viendraient contraindre ou dĂ©truire la performance globale, sont Ă©vitĂ©es.Â
- Les horizons gelĂ©s permettent aux opĂ©rationnels de niveaux subordonnĂ©s de bĂ©nĂ©ficier d’un cadre dans lequel ils dĂ©ploient avec autonomie leur savoir-faire pour dĂ©gager efficacitĂ© et faire face aux imprĂ©vus. Cette responsabilisation conduit Ă des hausses d’efficacitĂ©. La motivation est accrue, ouvrant la voie Ă l’accroissement des compĂ©tences et Ă la reconnaissance.Â
- Le focus sur un objectif commun :Â
L’autre intĂ©rĂŞt majeur du process S&OP rĂ©side dans la culture projet qu’il induit. La bonne dĂ©finition des rĂ´les et responsabilitĂ©s de chacun, ainsi que la visibilitĂ© sur les prioritĂ©s engageant, autour de la direction, toutes les fonctions impliquĂ©es dans la recherche de performance permettent d’ôter toute fonction alibi Ă l’organisation pour se concentrer sur l’objectif Ă atteindre.Â
Un exemple intĂ©ressant est celui de la relation entre la fonction commerciale et les autres fonctions de l’entreprise, qui gagne beaucoup dans ce process. Quel dirigeant n’a pas rencontrĂ© une sociĂ©tĂ© oĂą les commerciaux, connaissant bien le marchĂ©, se sentent parfois entravĂ©s par les autres fonctions… la production, le SAV, le service financier ou d’autres fonctions supports. Un management de bon sens pour maĂ®triser cette difficultĂ© consiste Ă donner avant de demander : mettre toutes les fonctions en position de satisfaire toutes les exigences raisonnables des commerciaux. Il ressort assez vite que la prĂ©vision (des dĂ©lais et du mix-produit) reste un dĂ©terminant majeur de leur efficacitĂ©. Cette prĂ©vision leur incombe, elle doit ĂŞtre exigĂ©e de façon formelle et vivante, Ă©tayĂ©e par les encours d’offres probabilisĂ©s et leur Ă©volution pas Ă pas. Dans la rĂ©union S&OP, le responsable commercial prend ainsi ses responsabilitĂ©s en parfaite connaissance de cause.Â
- La stratĂ©gie :Â
Chaque mĂ©tier, marchĂ©, ou produit appelle une rĂ©ponse particulière. La solution industrielle universelle n’existe pas, mais une solution optimale partant des ressources et de l’objectif peut ĂŞtre construite.Â
De la vision stratĂ©gique au « rĂ©glage » opĂ©rationnel, la bonne sĂ©quence de questions Ă poser reste la mĂŞme : quel est le marchĂ© – la stratĂ©gie – le concept industriel – le pilotage ?Â
La cohĂ©rence entre objectifs stratĂ©giques et objectifs opĂ©rationnels, la continuitĂ© entre la stratĂ©gie et le quotidien en dĂ©pendent.Â
- L’actionnaire et le management de Transition :Â
 Enfin, la question du rythme Ă adopter dans l’amĂ©lioration de la performance industrielle se pose. La rĂ©ponse dĂ©pend des compĂ©tences disponibles dans l’entreprise et de l’écart de performance par rapport aux standards nationaux ou internationaux : stratĂ©gie clairement formulĂ©e ou pas, qualitĂ© du système industriel, mise en place d’un process de planification.Â
Les responsables opĂ©rationnels ou transversaux devront être suffisamment « alignĂ©s », une trop forte densitĂ© de « responsables » Ă©vitĂ©e pour ne pas compliquer la tâche entre le siège, la BU et le site concernĂ©. La perception par l’actionnaire de l’urgence dictera la mĂ©thode Ă employer.Â
Le management de transition apparaĂ®tra souvent comme une solution favorisant une prise de dĂ©cision « objective » Ă cet Ă©gard.Â
La conduite du changement en sera aussi facilitĂ©e. RenforcĂ©es par une capacitĂ© managĂ©riale immĂ©diatement disponible, les Ă©quipes dĂ©velopperont une bonne perception de l’urgence favorisant l’alignement Ă de nouveaux process.Â









